Année 2020 "... Et j'ai du mal à vous parler d'amour"

Un petit texte confidence pour changer de mes chroniques. Un petit besoin de m'épancher, peut-être, à l'approche de dates charnières de ma vie… 

Nous avons, ici, la même passion pour les mots et leurs usages, chacun avec un style propre.

J'ai eu la chance, hier soir, d'assister à la représentation de Yannick Jaulin. 
Un homme en toute simplicité, seul, debout face à son public. 
Faut en avoir du cran, faut avoir un putain de talent d'orateur pour réussir à occuper l'espace d'une scène en restant quasiment immobile avec pour seul instrument sa voix, ses paroles et tenir éveillé et curieux un public avide de divertissement.

Quelle claque!!! 
De mémoire, jamais un spectacle de la sorte ne m'avait autant envoûté, simplement par des mots. 
Pourtant, on m'a parfois conté agréablement fleurette. 

Une véritable diatribe pour défendre les mots, TOUS les mots et toutes les langues. Nous dire qu'aucun n'est plus noble qu'un autre, qu'aucune n'est plus honteuse qu'une autre. 
Quelle chance d'avoir reçu cette gifle cérébrale!

"Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à parler d'amour" m'a laissé véritablement sans mots, chamboulée, ébranlée mais pas sans voix ni sans bruits pour l'applaudir du plus fort que je le pouvais. Si dire je t'aime est difficile, l'émotion et l'intensité des mots de Yannick Jaulin, même ceux que nous ne comprenions pas dans le public, nous a percuté de plein fouet. 
Comme quoi, il n'y a pas besoin de faire des beaux discours pour traduire nos sentiments. 

À un moment de ma vie où je me demandais si je n'avais pas passé l'âge pour écrire mes conneries, mon franc parlé et mes vulgarités - ma famille me lit tout de même… -  ce spectacle m'a réconcilié avec moi-même. 
Peu importe comment j'emploie mes mots, peu importe mon style, ma langue; l'important c'est de parler, ne pas se taire, partager et surtout ne pas travestir ce que l'on veut transmettre aux autres en voulant bien parler. 

Alors je me confie à vous ce soir, je ne vais pas faire la maline. Puisqu'on parle d'amour, je vais dire je t'aime…

Je t'aime à mes enfants, je t'aime à ma petite-fille, je t'aime à ma mère, je t'aime aux mots qui sont ce que je sais faire de mieux malgré toutes les imperfections. 
En revanche je ne sais plus dire je t'aime à mon cœur. Peut-être qu'un jour je trouverais, à la façon de Yannick, les mots pour le lui dire, pour ne pas le laisser mourir. 

 

Merci Monsieur Jaulin.